Quand les gouvernements deviennent des maîtres du jeu

Les mécaniques de jeu qui exploitent nos besoins de compétition, d’accomplissement et de récompenses peuvent être des outils utiles pour inciter à l’obéissance citoyenne et à la conformité, comme à l’engagement citoyen ou aux initiatives (comme nous en parlions dans notre post sur la Chine qui propose un “ système de crédit social ”). Que ces démarches nous effraient ou non, il existe de plus en plus d’applications de gamification bénéfiques, comme vous le verrez dans notre petit tour du monde des initiatives gouvernementales.

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Les mécaniques de jeu qui exploitent nos besoins de compétition, d’accomplissement et de récompenses peuvent être des outils utiles pour inciter à l’obéissance citoyenne et à la conformité, comme à l’engagement citoyen ou aux initiatives (comme nous en parlions dans notre post sur la Chine qui propose un “ système de crédit social ”). Que ces démarches nous effraient ou non, il existe de plus en plus d’applications de gamification bénéfiques, comme vous le verrez dans notre petit tour du monde des initiatives gouvernementales.

 

Traduit et adapté de l’anglais, par Rémi Canali.

 

Depuis le Game of Politics, créé en 1935, nous jouons à nombre de jeux de simulation politique qui ont évolué avec la technologie – depuis les jeux de société aux jeu “ par correspondance “, en passant par les jeux vidéo ou les jeux en temps réel. Les gouvernements se devaient de tirer profit de ce potentiel et ont inversé les rôles en développant des applications gamifiées, des plates-formes numériques interactives et des jeux de simulation. En effet, d’après le “ Hype Circle for Digital Government “ de Gartner en 2015, les plates-formes numériques gouvernementales sont “ sur la pente ascendante “ et la gamification au sein des administrations est “ au sommet “ de son cycle.

 

Il y a plusieurs domaines importants dans lesquels les mécaniques de jeu ont été appliquées avec un succès notable, en particulier dans l’éducation, la formation des employés du service public, la sensibilisation du public ou l’engagement citoyen.

Des crottes de chiens aux politiques fiscales, de la sécurité routière aux budgets participatifs, voici un premier échantillon, non-exhaustif mais clairement encourageant, de projets plus et moins récents de gamification autour du monde.

 

La Suède teste la “ Fun Theory

“ Quelque chose d’aussi élémentaire que le “ Fun ” est le moyen le plus simple de faire changer le comportement des gens pour le meilleur. “

– Volkswagen Fun Theory

En 2010, l’idée d’utiliser des caméras de contrôle routier pour promouvoir une conduite plus sûre de manière amusante a remporté l’Award du programme Volkswagen Fun Theory. Il s’agissait d’un concours d’idées et d’invention qui a engendré notamment “ l’escalier piano “ ou “ la poubelle la plus profonde du monde “.

Le projet récompensé a été expérimenté à Stockholm ainsi que d’autres villes de Suède par la Société nationale de sécurité routière suédoise. C’est depuis devenu une référence d’application réussie de la gamification.

En gros, si vous conduisez en-dessous de la limite de vitesse en passant devant le radar, un pouce en l’air vert s’allumera. Vous entrerez automatiquement dans une loterie qui récompensera les bons conducteurs en puisant dans les amandes payées par les mauvais. Après seulement trois jours d’essai à Stockholm, 24 587 voitures ont été contrôlées et la vitesse moyenne a été réduite de 22 %.

 

 

Taiwan et le pouvoir de la loterie

Projects competing for votes in 2016: http://op.cm-ovar.pt/#/proposals

Si vous vous demandez quelle est le lien entre le ramassage des crottes de chien et la collecte des impôts, Taiwan propose une réponse : les deux peuvent être grandement améliorés par l’organisation d’une loterie (qui mélange l’appât du gain et l’excitation de l’attente).

La “ loterie du ticket de caisse de Taiwan “ (Uniform Invoice Lottery) a été instaurée dès 1951 et est un très bon exemple de la manière dont les citoyens – volontairement et avec enthousiasme – peuvent faire le travail de l’administration fiscale. En réclamant les tickets de caisse à chaque achat (qui leur sert aussi de billet de loterie), les gens ont empêché les commerces de faire des bénéfices “ au black “ en les poussant à enregistrer chaque transaction et ainsi à déclarer leurs activités soumises aux taxes.

Durant la première année, cette loterie bimestrielle a engendré une augmentation de 75 % des revenus fiscaux (51 millions de dollars de Taïwan contre 29 millions l’année précédente). La valeur des lots n’a depuis cessé d’augmenter pour être aujourd’hui entre 6 USD et 600 000 USD (des gains tout de même imposés à 20 % au-delà de 30 USD 😉 ). Comme motivation supérieure, les gens sont encouragés à donner directement leurs tickets de caisse à des oeuvres caritatives via des urnes placées dans des endroits publics stratégiques.

Évoluant avec l’air du temps (et des technologies), le Ministère des finances taïwanais a même mis en place, en 2006, un programme pour encourager les transactions sans papier avec des prix spéciaux pour ceux qui réclament une facture électronique.

 

Les crottes de chien valent de l’or

La relation entre l’or et les excréments dans le symbolisme psychanalytique s’est trouvé une application assez déroutante à Taïwan en 2011. Nouveau Taipei (qui englobe la capitale Taipei), a mis en place un plan pour s’attaquer au problème des crottes de chien dans les rues, dans l’espoir d’encourager ses habitants à de meilleures pratiques. En résumé, chaque personne rapportant un sac de déjections canines se voyait remettre un ticket de loterie avec comme premier prix un lingot d’or d’une valeur de 2 200 dollars. Ce programme fut un tel succès qu’il a été prolongé et que de nouvelles récompenses ont été ajoutées. Entre août et novembre 2011, plus de 4 000 personnes ont ramassé 14 500 sacs d’excréments, remportant 85 lots, dont des lingot plus petits et des appareils électroménagers.

 

Le Portugal expérimente la gamification avec un leaderboard

Projets présentés en 2016: http://op.cm-ovar.pt/#/proposals

 

La plupart des organisations civiles rêveraient de pouvoir instaurer un système participatif dans l’établissement des budgets de collectivités locales. Dans la municipalité d’Ovar (ville côtière de 55 000 habitants), c’est le maire lui-même qui a pris cette initiative, en 2014, dans l’espoir que plus de jeunes s’engagent dans dans le processus budgétaire municipal. La participation de 13 598, soit 25 % de la population, a dépassé toutes les attentes.

Avec 100 000 € alloués au “ projet de plan budgétaire participatif “, le vote final a été précédé d’une large campagne sur les médias sociaux. Une série de meetings ont également été tenus dans chaque commune de la municipalité pour présenter les projets et expliquer comment aider au financement de chacun d’eux. Les cinq meilleures propositions sélectionnées durant les réunions ont été soumises à un vote final.

Les partisans de certains projets se sont organisés et ont utilisés tous les outils que nous avons mis à leur disposition pour en faire la promotion et rassembler les votes. Ils sont allés voir leurs familles ou les gens dans la rue pour parler de ces plans de financement participatifs, des projets proposés, demander leur soutien… et leurs votes. Et ils les ont obtenus !
Ça c’est de la participation publique ! “, raconte le maire de la ville Salvador Malheiro.

Comme tout bon système de gamification, il y avait même une petite compétition de la plus grosse affluence durant les meetings entre 8 communes. Une plate-forme digitale de participation a été créé avec un classement en temps réel affichant des informations sur chaque projet et son nombre de votes.

Le maire explique : “ Le résultat ne fut pas une surprise, puisque tout le monde pouvait voir l’évolution tout au long de la campagne, mais la gamification a joué un rôle essentiel dans l’immense implication que nous avons eue.

 

Restez avec nous pour la deuxième partie de ce petit tour du monde de la gamification gouvernementale. Nous vous emmenerons à Hawaii, en Australie, à Singapour, et un petit arrêt à Dubaï avec la surprenante championne de la gamification : la police de Dubaï !

 

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