Quand les gouvernements deviennent des maîtres du jeu, 2e partie

Dans notre précédent article, nous avons publié un premier échantillon de projets de gamification autour du globe qui s’attaquent à des problèmes aussi divers que les crottes de chien, la fraude fiscale, la sécurité routière ou les budgets participatifs. Dans cette deuxième partie nous vous présentons le surprenant champion de la gamification toutes catégories confondues : la police de Dubaï ! Nous irons également à Hawaii et en Australie pour des applications innovantes des mécaniques de jeu dans le secteur public.

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Dans notre précédent article, nous avons publié un premier échantillon de projets de gamification autour du globe qui s’attaquent à des problèmes aussi divers que les crottes de chien, la fraude fiscale, la sécurité routière ou les budgets participatifs. Dans cette deuxième partie nous vous présentons le surprenant champion de la gamification toutes catégories confondues : la police de Dubaï ! Nous irons également à Hawaii et en Australie pour des applications innovantes des mécaniques de jeu dans le secteur public.

Traduit et adapté de l’anglais, par Rémi Canali.

 

Ferrari, Lamborghini, Bentley, Bugatti… Toutes les voitures dont vous pouvez rêver, elle les a ! “ Elle “, c’est la police de Dubaï, célèbre pour son armada de voitures d’exception. Ce qui est sûrement moins connu, c’est qu’elle développe également des jeux pour mobile qui atteignent plus de 10 millions de téléchargements, notamment de son appli gratuite Supercars Rally. Les joueurs peuvent y tester les 16 “ supercars “ de la police de Dubaï dans des courses endiablées autour de la ville, se frottant à l’extrême danger de “ l’un des jobs les plus difficiles au monde “.

Nous avons regardé un bon paquet de vidéos pour trouver un élément éducatif dans ce jeu de course. Mais nous n’en avons aucun à partager avec vous… Peut-être que les développeurs ont été tellement happés par l’aspect fun du jeu qu’ils en ont oublié d’y glisser un message. Ou peut-être que c’est en faisant s’identifier le joueur aux policiers qu’il comprend qu’il est bien plus marrant d’être du côté des gentils.

 

“ Les jeux électroniques sont considérés comme l’un des meilleurs moyens de diffuser un message de sensibilisation. “

 

Vous serez sûrement surpris d’apprendre que la citation ci-dessus ne vient pas d’un game designer ni d’un expert de la gamification, mais d’un officier de haut rang de la police. En conférence lors du GCC Social Media Summit en 2015, le colonel Khalid Al Razooqi, chef du Smart Service Department (département digital, NdT) de la Police de Dubaï, il affirmait :

Nous avons réalisé l’importance de trouver une méthode innovante pour améliorer et soutenir les méthodes traditionnelles que nous employons pour communiquer avec la communauté. C’est pourquoi nous utilisons la gamification dans différents domaines tels que l’entraînement virtuel et des campagnes de sensibilisation numériques pour inciter les gens à prendre part à des activités qui ne semblent généralement pas séduisantes.

La police de Dubaï possède un Centre de Développement des Applications Virtuelles, qui a développé nombre de programmes de simulation d’entraînement utilisés dans leur académie.

Ils incluent le contrôle des passagers aux check-points des aéroports, des enquêtes d’accidents routiers, et SWAT 3D, “ un environnement virtuel multi-joueurs dans lequel les équipes du SWAT sont séparées en petites équipes pour ramener l’ordre dans une situation donnée “.

L’accronyme de “ Special Weapons and Tactics ” est maintenant devenu simplement la définition de “ groupe de flics super-entraînés qui s’occupe des criminels les plus dangereux”.

Les même technologies de pointe du jeu vidéo sont utilisées pour des jeux téléchargeables gratuitement prévus pour communiquer des messages de sensibilisation d’une manière amusante ainsi que de promouvoir et renforcer les bonnes habitudes et les valeurs traditionnelles des Emirats Arabes Unis. Une ancienne tradition locale (qui est aussi une industrie qui pèse plusieurs centaines de millions de dollars) est la course de chameau. Cette pratique a malheureusement été associée au trafic et à l’exploitation d’enfants puisque plusieurs organisateurs de course préféraient utiliser des jockeys enfants. Il y a quelques années, la police de Dubaï a sorti l’app UAE Camel Racing, destiné aux 6-9 ans, les invitant à “ apprendre la nutrition en récupérant de la nourriture saine et moins saine durant la course. Entrez dans l’académie et apprenez-en plus sur les chameaux dans les E.A.U. avant de vous mettre au défi dans un quiz pour gagner votre place parmi l’élite.

On ne peut pas s’empêcher de se demander jusqu’où cette police si calée en technologies et en médias sociaux, avec apparemment des moyens illimités, pourrait aller grâce à la gamification. Mais ce sera le sujet d’un prochain article, alors restez à l’écoute ! 🙂

 

Hawaii et “ le seul site web gouvernemental qui vous aime “

Hawaii.gov s’est autoproclamé “ le seul site web gouvernemental qui vous aime “. En tout cas, il est bien l’un des rares (pour l’instant), qui sait utiliser le fait que nous aimions jouer à des jeux. Celui que l’on nome l’Aloha State est devenu un pionnier de la gamification aux États-Unis avec sa plateforme (qui a d’ailleurs remporté un prix) My.Hawaii.gov, développée en 2014 et qui s’enorgueillit d’être “ la première tentative du pays de gamifier le gouvernement “.

Le portail personnalisé My.Haiwaii.gov utilise de manière créative le fameux trio points, badges et leaderboards pour encourager les citoyens à utiliser les services en ligne et ainsi économiser du temps et des ressources. Durant les 5 premiers mois, ce portail a attiré 400 000 utilisateurs inscrits et le taux d’utilisation des services en ligne a augmenté de 20 %.

Il accueille les utilisateurs avec un tableau de bord personnel, compatible avec les mobiles, et qui semblera familier à ceux qui sont habitués aux médias sociaux.

Sur une autre page personnalisée nommée MySavings (littéralement, mes économies), les utilisateurs inscrits obtiennent des badges qui montrent combien de temps ils ont gagné en ne faisant pas le queue aux guichet ou dans les embouteillages. Ils peuvent également voir la quantité de papier économisé grâce à leurs démarches en ligne. Un tableau de communauté affiche les contributions et les économies cumulées de tous les utilisateurs.

D’après Sonny Bhagowalia, ancien responsable des technologies de communication de l’Etat d’Hawaii : “ Notre vision de la gamification était de fournir des services publics tels que les gens les attendaient et de placer les interactions avec gouvernement au même niveau qu’un citoyen qui mène un business. La gamification était un moyen pour nous de rendre le gouvernement moins intimidant et plus accessible. Cela a rapproché les gens du gouvernement – leur gouvernement – et c’est une bonne chose.

 

“ Gère cette ville “ en Australie

(Image: source.)

Comment faire participer les gens à un recensement et leur faire comprendre pourquoi c’est important ? En 2013, le Bureau australien des statistiques et l’agence de publicité Leo Burnett Sydney ont proposé une solution innovante : les inviter à jouer avec les données et s’amuser grâce à un jeu.

Peu de temps après la sortie du jeu mobile “ Run That Town “, Andy DiLallo, directeur créatif chez Leo Burnett Sydney affirmait : “ Les réactions à Run That Town ont jusque-là été largement positives. Les gens trouvent fun et étonnamment addictif un jeu sur les statistiques. Et ils en apprennent un peu plus sur leur collectivité local au passage. Ce qui est super dans ce projet c’est que nous ne parlons pas simplement aux gens des données, nous leur donnons l’occasion de les utiliser eux-mêmes. C’est une manière nouvelle de donner du sens à ces chiffres et pour impliquer plus la communauté dans les données de recensement.

Ce jeu mobile utilise de véritables zones postales et les chiffres du recensement de 2011. Il laisse le joueur prendre contrôle de n’importe quel quartier en Australie et appliquer divers projets de son choix tout en tentant de conserver sa popularité. L’opinion publique des quartiers est façonnée grâce aux véritables données de recensement dans les diverses localités et les types de population (dont le genre, l’emploi, l’éducation, les revenus, l’âge et la possession de maison ou de véhicule). En fonction de leur utilisation des données ces maires auto-désignés pourraient “ recevoir une pluie d’éloges ou être chassé de la ville par une foule en colère “.

D’après Leo Burnett Sydney : “ En seulement 2 mois, ce jeu a transformé 60 000 Australiens en fanas de données, jouant avec et discutant les statistiques dans leur collectivité locale. Le fait qu’un service gouvernemental ait choisi une manière si innovante d’engager les Australiens au quotidien a fait parler, avec Run That Town sur des sites d’actualité, de divertissement ou de jeux.

 

Le jeu a remporté le Gold Lion of Creative Data du Cannes Lions International Festival of Creativity 2015.

 

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