Pokémon Go : un exemple à suivre en gamification

C’est la déferlante du moment. Et bien qu’il s’agisse d’un jeu et non d’une activité gamifiée, on retrouve dans Pokémon Go de nombreux mécanismes dont les “ gamifieurs “ devraient s’inspirer !

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C’est la déferlante du moment. Et bien qu’il s’agisse d’un jeu et non d’une activité gamifiée, on retrouve dans Pokémon Go de nombreux mécanismes dont les “ gamifieurs “ devraient s’inspirer !

 

Bon, nous allons partir du principe que depuis un mois, vous êtes allés sur Internet, avez regardé la télévision ou écouté la radio au moins une fois. Et donc que vous avez déjà entendu parler de Pokémon Go. Si vous n’avez aucune idée de ce que c’est, merci de cliquer ici.

Nous n’allons pas répéter à quel point ce jeu a créé un raz-de-marée aux chiffres hallucinant. Ni rappeler les mille controverses et faits divers qu’il a engendrés.

D’après cet article, Pokémon Go est bien un jeu. Ce n’est donc pas de la gamification. Si l’auteur accepte tout de même l’appellation exergame (un jeu qui nous fait faire de l’exercice), c’est loin d’être ce que la plupart des joueurs recherche. La preuve : l’une des premières combines que l’on a vu apparaître à la sortie du jeu était de contourner le fait de devoir marcher un certain nombre de kilomètres pour faire éclore ses œufs de pokémon. Il y a eu la technique du tourne-disque, qui semble fonctionner, puisque le gyroscope du téléphone pensera que vous êtes en train de tourner en rond. Il y a même eu la version micro-ondes, que certains ont pris au sérieux.

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Image partagée 1 264 fois sur ton mur Facebook le jour de la sortie du jeu.

Le but du jeu n’est donc en aucun cas de faire de l’exercice. Ni de visiter les lieux touristiques de votre ville. Cela, c’est simplement un bonus qui rend le jeu encore plus populaire. D’ailleurs, quel parent ne serait pas ravi de voir son enfant prendre la décision par lui-même de “sortir pour aller jouer dehors, il fait beau, tu vas pas rester dans ta chambre toute la journée !”. Mais bref, revenons-en à la gamification.

 

En quoi Pokémon Go est-il bien gamifié ?

“Mais voyons, Rémy, me direz-vous, tu viens de passer 4 paragraphes à nous expliquer que Pokémon Go est un jeu, et qu’il ne peut donc être gamifié !

Et vous aurez bien raison. La gamification, c’est adapter des techniques de jeu à un truc qui n’est pas un jeu.

Bon, déjà, c’est Rémi avec un “ i “, vous répondrai-je. Et en plus, pourquoi ne pas chercher quels mécanismes présents dans Pokémon Go pourraient être applicables dans un processus de gamification, histoire de mieux comprendre – voire de profiter de – ce succès ?

1 partout. Balle au centre.

 

Il s’attaque à tous les types de joueurs

Une fois encore, nous nous baserons sur la classification de Bartle, certes aujourd’hui un peu simpliste, mais déclinable dans les modèles plus récents.


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sortent de chez eux et explorent un monde nouveau pour certains : le vrai monde de la réalité tangible !

Les Killers s’affrontent dans les arènes.

Les Achievers suivent le leitmotiv bien connu du jeu : “Attrapez-les tous !“.

Les Socializers rencontrent face-à-face d’autres dresseurs et se rassemblent dans l’espace publique, comme l’ont montré de nombreux exemples dans la presse.

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Et visiblement, si “ Cosplayers “ était un type de joueurs, ils y trouveraient leur compte aussi.

 

Quelques exemples de mécanismes

D’après le système Octalysis, de Yu-Kai Chou, Pokémon Go fait appel à un grand nombre de mécanismes (dont vous trouverez une définition ici). En voici quelques uns :

Epic meaning and calling : être un dresseur de Pokémons dans la vraie vie est (ou était) un rêve pour beaucoup d’enfants, et devient aujourd’hui réalité.

Development and accomplishment : devoir sortir pour trouver des bêbêtes, des pokéstops ou des arènes. Devenir le maître de cette arène. Obtenir le badge “ collectionneur “ ou “ éleveur “.

Empowerment of feedback and creativity : quel Pokémon faire évoluer, lequel mettre dans un incubateur, lequel échanger, comment les utiliser en combat…

Ownership and possession : créez votre avatar. Défendez-vous contre les autres factions. Et surtout : Attrapez-les tous !

Social influence and relatedness : les joueurs ont tendances à se rassembler aux mêmes endroits, devant les pokéstops ou dans les environs d’un leurre. Certains se déplacent à plusieurs pour explorer de nouveaux endroits ou conquérir une arène.

Impatience and scarcity : vouloir un Pokémon rare, ou plus puissant. Besoin de pokéballs. Marcher ces derniers mètres pour faire éclore un œuf.

Unpredictability and curiosity : explorez les environs pour trouver un pokéstop ou un pokémon qui ne soit pas un Roucool. Faites éclore votre œuf sans savoir ce qui se trouve dedans.

Loss and avoidance : après avoir passé tant de temps à collecter 99 pokémons différents, vous n’allez tout de même pas vous arrêter ? Et un break d’une semaine, pour que les autres progressent plus vite ou prennent possession de votre arène ? Jamais !

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Quoi de mieux qu’une balade en montagne pour aller échanger ses pokémons en toute sérénité.

Et ces mécanismes, qui font de Pokémon Go un jeu extrêmement complet, sont adaptables dans un processus de gamification : la rareté (scarcity) de certaines petites bestioles, par exemple, pousse les utilisateurs à sortir toujours plus longtemps, toujours plus loin. Ce principe peut aisément s’appliquer en rendant certaines récompenses plus difficilement accessibles pour toujours plus engager vos clients ou utilisateurs.

Et ce jeu, comme toute bonne gamification se doit de l’être, est très simple ! Une copine, récemment maman, la trentaine, parisienne et pas du tout fan de Pokémon à la base, s’est retrouvée complètement piégée : “C’est drôle de pouvoir jouer tout en se baladant. Ils sont mignons tous ces petites pokémons. Et c’est très simple. Les combats, je m’en fous un peu c’est avant tout pour les attraper que je joue.“ Des animaux mignons, une collection à compléter et un gameplay facile à prendre en main. Voilà, Pokémon Go ne doit pas uniquement son succès grâce à la nostalgie des enfants des années 1990-2000, mais bien à un game design élaboré.

 

Et certains surfent déjà sur la vague

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Monoprix offrait un “ kit du dresseur “ gratuit, avec barre céréales, boisson, pansements… Un leurre à joueurs/clients efficace.

La gamification, c’est utiliser des mécaniques de jeu pour motiver les comportements souhaités. Avec Pokémon Go, certains vont plus loin, ils utilisent carrément le jeu lui-même !

Il existe plusieurs exemples de gérants de café, de pub ou de magasin qui ont posé des leurres dans leurs commerces. Ces leurres augmentent l’apparition des pokémons dans le secteur. Les joueurs s’y rassemblent alors, probablement inconscient du fait qu’ils sont eux-mêmes en fait les proies attirées par ce leurre… Et entrent dans le bar se payer un diabolo fraise.

 

Que ce jeu dure dans le temps ou non, il a déjà très probablement laissé une trace dans l’histoire vidéoludique, tout en accomplissant l’un des buts ultimes de toute entreprise de gamification : une viralité encore jamais vue à ce jour !

 

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