Les Olympiades en famille

L’expérimentation de la gamification dans une famille avec trois enfants. Article original en anglais, par Annie Velev.

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L’expérimentation de la gamification dans une famille avec trois enfants.

 

Traduit et adapté de l’anglais, par Rémi Canali.

 

De la PNL (programmation neuro-linguistique) aux PBL (points, badges, leaderboards), j’ai tout essayé dans ma vie de parent de trois enfants. Bien avant que le terme ne devienne tendance, mon mari et moi avons intuitivement utilisé la gamification comme outil d’éducation : les enfants ont appris à lire sur un plateau de Scrabble, nous avons fait des maths avec des jeux de cartes, et durant quelques années, la récompense la plus convoitée pour un comportement exemplaire fut une partie de poker avec maman. Mais la gamification ne signifie pas jouer pour le simple plaisir de jouer. Ce n’est pas non plus accumuler des points pour avoir un meilleur score. C’est ce que je souhaite démontrer avec ces deux exemples personnels ci-dessous.

Gustav Vigeland Sculpture Park, Oslo

 

L’une des particularités de grandir dans un pays qui se veut communiste est que tous nos parents ou grands-parents travaillaient. Donc tous les enfants de la ville allaient à la crèche et à la maternelle. C’est là que nous avons eu notre première expérience des “ tableaux de comportement “. Mais contrairement à ce que l’on peut voir aujourd’hui, nos tableaux étaient plutôt simples et austères. Il n’y avait que deux symboles (des points rouges et des points noirs), et seulement deux catégories (bon ou mauvais comportement).

En tant qu’Achiever née, ce système m’a aidé à me développer, accumulant avec enthousiasme les points rouges tout en évitant les pastilles noires. Le fait que je n’ai pas le moindre souvenir de récompense ou de punition associée à ces statuts confirme la supériorité de la motivation intrinsèque sur la motivation extrinsèque. Cela a également montré le pouvoir du “ collectif “ (pour citer le père fondateur de la pédagogie soviétique, Makarenko) ou en d’autres termes, l’impact de la pression des pairs et de la compétition.

Environ 25 ans plus tard, je me retrouvais moi-même face à mon propre “ collectif “ turbulent – 3 enfants avec un petit écart d’âge. À partir d’un moment, lorsque chacun d’eux était habitué au système des pastilles rouges et noires de la maternelle, j’y ai eu recours à la maison. Cela s’avèrera être une expérience de courte durée, et voilà pourquoi.

 

Ce que j’ai mal fait avec le tableau de comportement

Ma première erreur fut que le système en lui-même était entièrement intuitif et subjectif (basé sur ma propre conception de ce que qui est bien/mal, bon/mauvais) et qu’il n’y avait pas de règle, but ou récompense explicitement identifiés. Je n’avais moi-même pas établi d’objectif et ne visais aucun comportement en particulier de la part des enfants. J’ai fait l’erreur de penser qu’ils sauraient eux-mêmes s’ils avaient été bons ou mauvais. C’était en fait une mesure désespérée pour avoir quelques moments de paix et de calme ; un simple instrument supplémentaire dans ma boîte à outils de menaces et pots-de-vin.

Ma seconde erreur fut de sous-estimer la féroce rivalité entre frères et sœurs qui faisait rage dans ma famille. Mes enfants observaient, assimilaient et mesuraient déjà chacun de mes mots, de mes regards ou de mes actes (“ Il y a plus d’eau dans le verre que tu lui as donnée à ELLE!! “ était le type de réaction indignée à cette époque). La dernière chose dont ils avaient besoin était un autre ring dans lequel ils pourraient s’affronter afin d’attirer l’attention et l’approbation des parents.

La troisième erreur fut que je n’ai pas réalisé le pouvoir punitif de la pastille noire. En tant qu’avide joueuse, je voyais les pastilles comme de simples points, les noires invalidant les rouges, remettant les scores à zéro. Je ne les voyais pas comme étant des “ punitions “. C’était pourtant ainsi qu’eux les ont perçu en l’absence de règles claires (voir erreur n°1).

En conséquence de mes trois erreurs, mes enfants n’ont vu ce tableau qu’avec la perspective  “ maman m’aime/maman ne m’aime pas “. Par chance, une révolte éclata bientôt et me ramena à la raison.

Un jour, je me suis réveillée pour constater que sur le tableau étaient griffonnés au feutre tout un tas de points noirs. Ma cadette avait ajouté une colonne “ maman “ et me punissait via des pastilles noires avec toute la frustration et la rage d’un enfant de cinq ans.

Cela a sonné le glas prématuré du tableau de comportement. Les points rouges et noirs sont restés cantonnés au royaume plus “ public “ et “ objectif “ de l’école maternelle.

Gustav Vigeland Sculpture Park, Oslo

 

Ce que j’ai bien fait avec les PBL

Lors de vacances d’été, bien des années plus tard (les enfants avaient alors entre 10 et 15 ans), nous avons décidé de créer nos propres olympiades en famille. La première édition comprenait cinq catégories : Scrabble, fléchettes, poker, natation et abdos.

Nous avions des points de participation (il fallait que ce soit volontaire), ainsi que pour les première et deuxième places. À l’issu de ces trois journées, celui ou celle qui avait le plus de points au classement remportait une médaille faite maison et la gardait jusqu’à la prochaine édition de nos jeux olympiques improvisés. Elle était alors remise au nouveau champion.

Qu’est ce qui a fonctionné dans cette tentative de gamification en famille ?

Tout d’abord, elle avait un but, une raison d’être. Avec trois enfants, il est déjà difficile de passer cinq minutes dans la même pièce sans que démarre une bagarre, alors passer de bons moments… Mon mari et moi chérissions chacun des rares instants où les cinq d’entre nous faisions quelque chose ensemble. Nous voulions donc renforcer un esprit de communauté en créant nos propres traditions familiales. Montrer aux enfants que notre famille était un cercle agréable et amusant.

Ce but caché a trouvé un parfait écho dans l’objectif, accepté par tous : devenir le champion de la famille dans une compétition équitable aux règles prédéfinies.

Tout le monde était impliqué dans le choix des catégories et dans l’instauration des règles, ce qui a assuré l’adhésion à un principe fondamental du jeu – et donc de la gamification : la participation volontaire.

Chaque membre de la famille excellait dans au moins un des domaines de notre pentathlon personnalisé et avait donc une réelle chance de remporter au moins un badge de première place (et évidemment de s’en vanter), voire de remporter la compétition entière.

Le système de points était clair et le classement ne pouvait en aucun cas être considéré comme le reflet de ce que nous ressentions les uns pour les autres dans la vraie vie.

Le trophée était une médaille faite main, en argile, par les enfants eux-mêmes et qui se passait de vainqueur en vainqueur. Une récompense symbolique qui collait parfaitement à l’aspect hautement symbolique de ces olympiades familiales.

Dernier point, et non des moindres, ce projet répondait à une autre condition essentielle dans tout système de gamification : nous nous sommes énormément amusés !

Voilà la parfaite occasion que j’attendais pour poster cette photo d’un mignon petit chaton.

 

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