Les archéologues remplacent la truelle par la manette

Un archéologue a reconstitué un site vieux de 6 000 ans en images numériques. Jusque-là, rien de nouveau. Mais doté d’une manette et d’une interface 3D, il s’y déplace de manière encore plus immersive qu’avec un Occulus Rift.

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Un archéologue a reconstitué un site vieux de 6 000 ans en images numériques. Jusque-là, rien de nouveau. Mais doté d’une manette et d’une interface 3D, il s’y déplace de manière encore plus immersive qu’avec un Occulus Rift.


Vous l’imaginez, là, n’est-ce pas ? Un Fedora vissé sur la tête. Un sac rempli de sable dans la main droite. Sa main gauche s’approchant délicatement de l’idole en or. Quelques instants plus tard, le voilà qui court, poursuivi par un énorme rocher. Pour enfin s’extirper in extremis des ruines et rentrer tranquillou donner des cours à des étudiants de première année.

Bon, ben on se calme tout de suite. L’archéologie, ça ne ressemble pas à ça.

Nous sommes sur un blog de gamification, alors peut-être que certains d’entre vous s’attendent à ça, ou à ça :

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Eh bien non, encore raté. Nous allons ici parler d’une véritable recherche archéologique issue de la réalité vraie. Mais qui utilise des méthodes issues des technologies vidéo-ludiques.

 

Au-delà de la simple numérisation

La gamification est (trop) souvent présentée comme un outil de motivation. Un carotte posée devant le nez d’un client, trentenaire, qui utilisera plus volontiers votre produit si on lui propose un classement à la Mario Kart.

Pourtant, utiliser les principes, méthodes et outils issus du secteur du jeu vidéo peut parfois faire accomplir de grandes choses à l’humanité. Oui, oui. De grandes choses, comme on vous en parlait dans l’article sur les Serious Games où des gens, pas du tout spécialistes d’un sujet contribuent à la science.

En archéologie, on connaît déjà la numérisation pour recréer des environnements disparus ou en danger, comme à Palmyre. (Pour cette antique cité syrienne, on parle même d’une reconstruction à l’aide d’une imprimante 3D !) Ce que l’on connaît moins, c’est l’utilisation d’une manette et de capteurs de mouvements à la manière d’une Wii.

 

Le cairn de Carn

Sur l’île Carn, dans le Finistère, se trouve un cairn daté à plus de 4 000 ans avant J.-C. Il s’agit d’un amas de pierre sous lequel on déposait les morts. 

Cairn_primaire_de_l'île_Carn,_les_3_entréesLe cairn de l’île de Carn. C’est certes un peu moins classe ou impressionnant qu’une pyramide de pharaon, mais c’est plus vieux de 2 000 ans. (Image : Uuetenava, Creative Commons)

Restauré dans les années 1960, la plupart de ce que l’on en voit aujourd’hui n’est pas d’époque. Seule une chambre à l’intérieur est encore d’origine, c’est donc sur celle-ci que se focalise Florian Cousseau, archéologue doctorant à l’université de Rennes. Très sombre et menaçant de s’effondrer, la chambre a été recrée  à l’identique en 3D pour pouvoir l’étudier de manière plus confortable et plus sûre.

Mais à Immersia, plate-forme de réalité virtuelle sur le campus Beaulieu de Rennes, on va un peu plus loin.

 

La recherche, au chaud

Ici, on se met en pantoufles, on enfile des lunettes, on se munit d’une manette, et on plonge dans la réalité virtuelle.

Sauf que là, au lieu de s’affaler sur son canapé devant sa télé, on monte sur une plaque entourée de gigantesques écrans de verre. Une plate-forme unique au monde par ses dimensions.

L_ADN_futuremagOn est quand même mieux ici, au chaud, qu’à se les peler au fin fond du Finistère. (Image : CNPAO)

Les lunettes possèdent des capteurs reliés à une caméra qui fait se déplacer le décor en fonction des mouvements de tête. La manette permet d’interagir avec l’environnement et sert, dans le cas de notre archéologue, de lampe torche pour éclairer certaines parties.

À mi-chemin entre la Wii et l’Occulus Rift, ce système a permis au chercheur de remarquer un détail étrange : les pierres sont disposées selon un schéma de couleurs particulier. Plus foncées à la base et plus claires au plafond. Une volonté de représenter l’élévation de l’âme depuis le monde des morts (sombre) vers les cieux (clair) ? L’interprétation ne peut en l’état être vérifiée, mais l’exemple montre à quel point la technologie des jeux vidéos inspirent des domaines variés.

 

Il ne s’agit pas ici de mécanismes théoriques de gamification à proprement parler, mais bien des applications que les technologies du domaine du jeu peuvent avoir de manière concrète. Car cette interface a été utilisée pour recréer également une villa romaine, dans laquelle on se déplace comme si on y était. Pour un musée, cela permettrait d’attirer un nouveau public, voire de s’en servir de base propice à créer un environnement ludique, gamifié.

Et au-delà, ce type d’environnement se trouverait être un parfait terrain d’entraînement pour apprendre à se déplacer et à effectuer les bons gestes dans une salle d’opération.

 

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